Analyse centrale

Où se situe le don du chant ?

Ce que j’appelle le « don du chant » n’a rien à voir, en apparence du moins, avec l’intelligence ou le degré d’instruction, au premier stade des études, celui du placement de la voix, c’est à dire durant toute la période de son développement et de l’acquisition des réflexes.

Par contre, il est nécessaire, car c’est plus facile et la formation plus rapide, que l’élève ait l’oreille musicale.

Le don du chant est l’aptitude (corticale, neuronale) d’un individu à intégrer plus ou moins rapidement les notions reçues au cours d’une leçon de chant, et surtout à ne pas les  avoir oubliées à la leçon suivante, ou pire 5 minutes après les avoir reçues du professeur.

Alors oui, sans doute que l’intelligence a son importance dans ce cas là !

Pour ce faire il faut être souple de caractère, non psychorigide, ne pas vouloir avoir raison sur le professeur comme je l’ai déjà vu, attentif aux explications, ressentir et ne pas chercher à entendre sa voix, enfin mémoriser la manière d’exécuter un exercice quand je lui dis que ce qu’il vient de faire est bien.

Car au cours d’une leçon, je stoppe l’élève quand il fait mal un exercice, je lui dis pourquoi je l’ai arrêté, j’explique ce qu’il faut qu’il fasse, puis lui demande de mémoriser ce qu’il vient de faire quand je lui dis que maintenant c’est très bien. On rejoint là l’aptitude au chant ! Cette manière d’enseigner n’est pas de tout repos pour moi, mais c’est la seule valable !

Une anecdote : durant mes études de médecine j’ai été l’élève d’un professeur agrégé en rhumatologie. Le hasard des choses a fait qu’il est devenu à son tour mon élève pour apprendre à chanter. La première des choses qu’il m’a dite est la suivante : « oubliez qui je suis car ici je suis votre élève et viens pour apprendre, donc vous écouter. »

Il a fait preuve d’intelligence en disant cela !

Un apprentissage, quel qu’il soit, sportif, artistique ou culturel, a besoin que des connexions neuronales soient créées par cet apprentissage.

Pourquoi est-ce que l’on joue mieux au tennis après la dixième leçon qu’après la première ? Je vous laisse répondre à la question, car il est aisé de supposer que quelque chose s’est construit au niveau du cortex cérébral, non ?

Au début, vocaliser est sans doute laborieux, puis les différents paramètres s’intègrent dans le cortex et tout devient alors réflexe et d’une facilité redoutable.

ApprentissageIl apprend : tous les grands pianistes virtuoses ont commencé ainsi

A tous les âges de la vie, sans exagération tout de même, on peut apprendre car, si les muscles du larynx ont moins de souplesse, le cerveau étant un organe plastique, de nouvelles connexions vont s’établir. J’ai formé 2 élèves qui ont débuté le chant à un peu moins de 70 ans ! Ils le voulaient !!!

Autre chose : qui n’a pas entendu dire : « de nos jours il n’y a plus de chanteurs, les voix ont disparu ? Il faut parcourir le monde pour dénicher l’oiseau rare ! »

A ces personnes je réponds sans hésiter : croyez-vous que c’est ainsi qu’il convient d’aborder le problème ? Pensez-vous que le larynx de tout un chacun se soit tellement modifié au fil des ans au point d’avoir perdu toute souplesse et aptitude à bien chanter ? Peut-on dire : heureux le chanteur qui possède un organe vocal capable de toutes les prouesses, comme heureux le violoniste qui est propriétaire d’un Stradivarius ? Est-on vraiment sûr de cela ?

Personnellement je réponds : NON !

Ne vaudrait-il pas mieux essayer de bien former chez nous, avec une bonne méthode, les futurs artistes ? Malheureusement ce n’est absolument pas le cas.

Le larynx n’est qu’un organe instrumental banal, à ceci près qu’il faut le « construire musicalement » par le travail des vocalises, et seulement elles, pour que l’élève puisse faire sienne la technique en question, pour qu’il puisse émettre des sons musicaux, alors qu’un violon, un piano sont déjà construits au moment de leur achat.

Il ne reste plus, excusez-moi du peu, qu’apprendre à s’en servir !

Le problème est identique dans le domaine vocal, à la différence près que l’on construit l’instrument voix et l’on apprend à s’en servir en même temps dans le plus grand respect, encore une fois, de sa physiologie.

Une fois le larynx devenu instrument de musique, l’étude des morceaux et du répertoire va pouvoir commencer, le temps, perdu en apparence seulement au cours des vocalises, sera vite rattrapé.

Une leçon d’interprétation

Le grand ténor suédois JUSSI BJORLING va interpréter le grand air le La TOSCA de Puccini intitulé : « E LUCEVAN LE STELLE ».

S’il n’est pas nécessaire de présenter cet aria, fort connu mais pas toujours bien chanté, il faut cette fois souligner l’intelligence affiché par notre Ami.

« Mario Cavaradossi, le héros, emprisonné et condamné, va mourir à l’aube. Il écrit une dernière lettre à celle qu’il aime dans laquelle il lui redit tout l’amour qu’elle lui inspire ! Tout en se révoltant ensuite de ne plus pourvoir vivre alors qu’il aime tant la vie. »

Pour bien interpréter cet air il faut savoir alterner les notes émises piano puis celles émises « forte, » le tout sans perdre la richesse du timbre. Ce que fait à merveille ce grand artiste. Encore faut-il posséder la technique qui permette ces nuances, en excluant toutes voix issues des barbaresques : fausset et « mixte appuyée ».

La technique italienne bien sûr !

Alors : CLIQUONS ENCORE UNE FOIS ICI. 

 

Le ténor Jussi BJORLING

                      Le ténor Jussi BJORLING

Au 1er acte de La TOSCA

                                                                                   Ci-dessus au 1er acte de La TOSCA

Jussi BJORLING, né en 1911, est décédé dans son sommeil en 1960 à l’âge de 49 ans seulement d’un infarctus myocardique, dans sa résidence d’été à Siaro, une petite île au large de Stockholm.

Sans m’étendre sur sa biographie, je tiens à dire que Dorothy Caruso, l’épouse du grand ténor que nous connaissons tous, a affirmé que Bjorling était le seul digne de revêtir le manteau de son mari dans l’opéra « i Pagliacci » de Léoncavallo !
Du grand Art et bien dans la Tradition de l’Opéra !

S’il vous plait :

J’attends vos commentaires. Merci.