Analyse centrale

Où se situe le don du chant ?

Ce que j’appelle le « don du chant » n’a rien à voir, en apparence du moins, avec l’intelligence ou le degré d’instruction au stade du placement de la voix. Par contre, il est nécessaire, car c’est plus facile et sa formation plus rapide, que l’élève ait l’oreille musicale,

Le don du chant est l’aptitude (corticale, neuronale) d’un individu à intégrer plus ou moins rapidement les notions reçues au cours d’une leçon de chant, et surtout à ne pas les  avoir oubliées à la leçon suivante, ou pire 5 minutes après les avoir reçues du professeur.

Alors oui, sans doute que l’intelligence a son importance dans ce cas là.

Pour ce faire il faut être souple de caractère, non psychorigide, ne pas vouloir avoir raison sur le professeur comme je l’ai déjà vu, attentif aux explications, ressentir et ne pas chercher à entendre sa voix, enfin mémoriser la manière d’exécuter un exercice ou une phrase lyrique.

Car au cours d’une leçon, je stoppe l’élève quand il fait mal un exercice, et lui demande de mémoriser ce qu’il vient de faire quand je lui dis que maintenant c’est très bien. On rejoint là l’aptitude au chant !

Ceci après lui avoir expliqué puis démontré in vivo ce qu’il convient de faire pour que tout soit parfait.

Une anecdote : durant mes études de médecine j’ai été l’élève d’un professeur agrégé en rhumatologie. Le hasard des choses a fait qu’il est devenu à son tour mon élève pour apprendre à chanter. La première des choses qu’il m’a dite est la suivante : « oubliez qui je suis car ici je suis votre élève et viens pour apprendre, donc vous écouter. »

Il fait preuve d’intelligence en disant cela !

J’ai eu un grand moment un élève qui venait régulièrement de Londres pour travailler sa voix avec moi ; il avait 30 ans (en 2013), agrégé de mathématiques entre autres diplômes. Il n’était ni snob ni prétentieux car intelligent, il écoutait attentivement ce que je lui apprenais. C’étaitt mon meilleur élève à l’époque.

Cela se passe de tout commentaire !

Un apprentissage quel qu’il soit, sportif, artistique ou culturel, a besoin que des connexions neuronales soient créées par cet apprentissage.

Pourquoi est-ce que l’on joue mieux au tennis après la dixième leçon qu’après la première ? Je vous laisse répondre à la question, car il est aisé de supposer que quelque chose s’est construit au niveau du cortex cérébral, non ?

Au début, vocaliser est sans doute laborieux, puis les différents paramètres s’intègrent dans le cortex et tout devient alors réflexe.

ApprentissageIl apprend : tous les grands pianistes virtuoses ont commencé ainsi

A tout âge on peut apprendre car, si les muscles du larynx ont moins de souplesse, le cerveau étant un organe plastique, de nouvelles connexions vont s’établir. J’ai formé 2 élèves qui ont débuté le chant à un peu moins de 70 ans !

Qui n’a pas entendu dire : « de nos jours il n’y a plus de chanteurs, les voix ont disparu ? Il faut parcourir le monde pour dénicher l’oiseau rare ! »

A ces personnes je réponds sans hésiter : croyez-vous que c’est ainsi qu’il convient d’aborder le problème ? Pensez-vous que le larynx de tout un chacun se soit tellement modifié au fil des ans au point d’avoir perdu son aptitude à bien chanter ? Peut-on dire : heureux le chanteur qui possède un organe vocal capable de toutes les prouesses, comme heureux le violoniste qui est propriétaire d’un Stradivarius ? Est-on vraiment sûr de cela ?

Personnellement je réponds : NON !

Ne vaudrait-il pas mieux essayer de bien former chez nous, avec une bonne méthode, les futurs artistes ? Malheureusement ce n’est absolument pas le cas.

Le larynx n’est qu’un organe instrumental banal, à ceci près qu’il faut le « construire musicalement » par le travail des vocalises, et seulement elles, pour que l’élève puisse faire sienne la technique en question, pour qu’il puisse émettre des sons musicaux, alors qu’un violon, un piano sont déjà construits au moment de leur achat.

Il ne reste plus, excusez-moi du peu, qu’apprendre à s’en servir !

Le problème est identique dans le domaine vocal à la différence près que l’on construit l’instrument voix et l’on apprend à s’en servir en même temps.

Une fois le larynx devenu instrument de musique, l’étude des morceaux et du répertoire va pouvoir commencer, le temps, en apparence seulement perdu au cours des vocalises, sera vite rattrapé.

Une leçon d’interprétation

Le grand ténor suédois JUSSI BJORLING va interpréter le grand air le La TOSCA de Puccini intitulé : « E LUCEVAN LE STELLE ».

S’il n’est pas nécessaire de présenter cet aria, fort connu mais pas toujours bien chanté, il faut cette fois souligner l’intelligence dans le chant affiché par notre Ami.

Mario Cavaradossi, le héros, emprisonné et condamné, va mourir à l’aube.

Il écrit une dernière lettre à celle qu’il aime dans laquelle il lui redit tout l’amour qu’elle lui inspire !

Tout en se révoltant ensuite de ne plus pourvoir vivre alors qu’il aime tant la vie.

Pour bien interpréter cet air il faut savoir alterner les notes émises piano puis celles émises « forte, » le tout sans perdre la richesse du timbre. Ce que fait à merveille ce grand artiste. Encore faut-il posséder la technique qui permette ces nuances, en excluant toutes voix issues des barbaresques : fausset et « mixte appuyée ».

La technique italienne bien sûr !

Alors : CLIQUONS ENCORE UNE FOIS ICI. 

 

Le ténor Jussi BJORLING

Le ténor Jussi BJORLING

Au 1er acte de La TOSCA

                                                                          Ci-dessus au 1er acte de La TOSCA

Jussi BJORLING, né en 1911, décédé dans son sommeil en 1960 à l’âge de 49 ans seulement d’un infarctus myocardique, dans sa résidence d’été à Siaro, une petite île au large de Stockholm.

Sans m’étendre sur sa biographie, je tiens à dire que Dorothy Caruso, l’épouse du grand ténor que nous connaissons tous, a affirmé que Bjorling était le seul  digne de revêtir le manteau de son mari dans l’opéra « i Pagliacci » de Léoncavallo !
Du grand Art et bien dans la Tradition de l’Opéra !

S’il vous plait :


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